Winogrand crée l’instant

Exposition Garry Winogrand au Jeu de Paume jusqu’au 8 février 2015

Si vous êtes un adepte – ou une victime – du métro parisien, vous avez peut-être croisé sur un quai ou au détour d’un couloir les photos tirées en géant de Garry Winogrand, à qui le Jeu de Paume dédie en ce moment une très belle rétrospective. Pas besoin d’y aller me direz-vous, vous avez déjà tout vu. J’espère donc réussir à vous convaincre du contraire !

Garry Winogrand nous a légué un superbe échantillon en noir et blanc de l’Amérique des années 50, parfaite représentation d’une époque foisonnante pour les États-Unis, à travers des centaines et des centaines de bobines dont certaines n’ont pas vu le jour (littéralement) avant cette exposition. Ce photographe de ville a tout pris : hommes, femmes, couples, foules, clowns, nonnes, manifestants, matelots, starlettes, présidents, éléphants et acrobates, tout sujet devient la star de ce grand spectacle où, comme il le dit si bien, rien ne se produirait s’il n’était pas sur place avec son appareil. De Manhattan, où il travaille jusque 1971, à Dallas en passant par Houston, Winogrand a constamment été à l’affut de cet instant clé qui fait de sa photographie un délice malicieux, des photos prises à la volée où l’horizon ne semble pas exister pour laisser place à des échanges de regards et à des pas de danse.

Pour accompagner le travail immense de cet artiste, le Jeu de Paume propose comme à son habitude une scénographie simple et efficace, avec des tons et des textes très justes. Le parcours, sur deux étages, est agréable et la sélection d’oeuvres bien complète. L’émotion pointe dans la dernière salle, posthume, où l’on nous offre l’infini privilège de voir ces photographie que l’artiste n’a jamais développé.

Les tirages papiers valent tout de même mieux que ceux du métro, il y a en a plus, et la scénographie sent bien meilleur. Si le prix de l’entrée est plus cher que le ticket de métro (7,50 pour les étudiants), l’abonnement au musée est rentabilisé au bout de quelques voyages qui vous emmèneront plus loin que dans les rêves les plus fous de la RATP. Je ne le dirai jamais assez, mais le Jeu de Paume ne déçoit pas, il faut y aller, se régaler, et surtout, surtout, y retourner.

 

6 (1)  140411_NGAExhibit_Winogrand-09

 

WINOGRAND Gary, Hand feeding elephant trunk, 1963      WINOGRAND Garry, Metropolitan Opera, 1951