Robert Adams : retour aux sources

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Exposition Robert Adams : L’endroit où nous vivons au Jeu de Paume jusqu’au 18 mai 2014

C’est une apologie de la photographie américaine que fait le Jeu de Paume en exposant Robert Adams. Le travail de ce photographe qui débute dans les années 60 est mis en avant par une scénographie impeccable, très belle. La communication est efficace, les couleurs choisies valorisent la photo et les textes, tirés des différents ouvrages de l’artiste, sont à propos et très justes. C’est donc dans un état d’esprit confiant et reposé que l’on peut aborder l’exposition et profiter pleinement des photographies, parfois à couper le souffle, de Robert Adams. Le parcours est chronologique, comme à l’habitude du musée, et permet d’apprécier l’égalité de l’œuvre et la logique artistique d’Adams. Sa photographie est on ne peut plus américaine, et dresse un portrait sociologique comme géographique de l’immensité des États-Unis, un pays qu’il aime et veut protéger de l’influence néfaste de l’homme. Il y a en effet une série-reportage assez émouvante sur la coupe à blanc dans l’Ouest des États-Unis, et son effet destructeur sur le paysage. Adams prends à cœur son rôle d’intermédiaire entre une nature muette et souffrante et son bourreau.

Il est d’abord professeur d’anglais avant d’être photographe, et commence à photographier à l’âge de 26 ans pour être publié pour la première fois onze ans plus tard. Si le côté amateur du photographe reprend le dessus de temps à autres, le talent ambiant est écrasant. Apparemment j’aime bien comparer des gens qui n’ont rien à voir, mais Adams fait furieusement penser à Giorgio de Chirico, en particulier à La Tour Rouge, un chef d’œuvre qui se trouve dans la superbe collection de Peggy Guggenheim à Venise. C’est ce même frisson causé par le silence et l’absence lourde qui peuplent les œuvres de Chirico que j’ai ressenti face au paysages déchirés et désertés de Adams. Brr.

Du début à la fin, le photographe surprend et émeut. Pardonnons au Jeu de Paume l’habituel parcours quelque peu perturbant, sauvé par cette belle (j’insiste) scéno et cette collection qui ne déçoit pas. La dernière série, Sea Stories, achève l’exposition en beauté et en douceur, tout en nous laissant comprendre qu’à soixante-seize ans le photographe n’a pas fini de nous hypnotiser.

“Ce qui est clair, c’est la perfection de ce qui nous a été légué, la médiocrité de notre attitude, et, compte tenu de nos carences, la certitude que nous serons jugés” – Robert Adams

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ADAMS Robert, New development on a former citrus-growing estate, Highland, California, 1983

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ADAMS Robert, Nehalem Spit, Tillamook County, Oregon, 2008

En couverture, extrait de Colorado Springs, photographie prise par Adams dans le Colorado en 1968, accessoirement mascotte de l’exposition.