Plus on est de fous…

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 Exposition Van Gogh / Artaud. Le suicidé de la société au Musée d’Orsay jusqu’au 6 juillet 2014

C’est une exposition un peu différente de ce que l’on peut voir d’habitude qui se déroule actuellement au Musée d’Orsay. Les commissaires d’exposition ont décidé de réunir les œuvres du devenu ultra classique (faute d’un meilleur adjectif) Vincent Van Gogh et du poète-écrivain torturé Antonin Artaud. Une manière assez subtile de revenir sur le vivant de Van Gogh qui n’a connu que le rejet et une réputation de sérieusement dérangé. Plutôt que de valoriser des textes génériques parlant de la vie du peintre, ces derniers se retrouvent relégués au rang du petit cartel tandis que les textes d’Antonin Artaud, tirés de son œuvre Van Gogh le suicidé de la société (1947), sont mis à l’honneur pour illustrer chaque pièce. La réunion des deux pauvres hères que seule une vie sépare prend tout son sens dans cette exposition : la douleur de l’incompréhension, de la marginalité, et de la folie tout de même car entre fous vous et moi, les deux artistes restent deux beaux cas psychiatriques. L’écriture d’Antonin Artaud est torturée et tortueuse, obscure dans le fond comme dans la forme, mais se révèle être une manière terriblement efficace de décrire l’œuvre de Van Gogh. Il parle notamment de “nature inerte en pleines convulsions” pour dépeindre ses paysages chaotiques et de “pinceau en ébriété” pour le prolongement de sa main, des mots qui paraissent évidents face aux toiles du peintre. Pour ma part j’ai trouvé des similitudes étonnantes entre les peintures de Van Gogh et, attention, les films d’animation du merveilleux Hayao Miyazaki. Ayant vu son dernier bébé – Le vent se lève, récemment, j’ai été frappée par le lien entre les deux travaux. Miyazaki semble offrir une traduction animée des paysages de Van Gogh : c’est particulièrement visible sur le tableau donc vous pouvez voir la reproduction ci dessous, intitulé Paysage montagnard derrière l’hôpital Saint-Paul. À la différence près que ce qui est pris pour une folie fiévreuse chez Van Gogh est considéré comme une fantastique poésie/poésie fantastique chez Miyazaki.

En somme, l’exposition est bien menée, cette approche de Van Gogh est rafraichissante et nous fait découvrir un autre artiste au passage. La scéno n’est ni mauvaise ni bonne, la place est laissée au contenu sans chichi, pourquoi pas. Pour finir sur une jolie note, je vous laisse apprécier la définition du dessin selon Van Gogh, inscrite sur le mur d’une salle contenant de magnifiques dessins à l’encre et à la mine de plomb.

Qu’est ce que dessiner ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible, qui semble se trouver entre ce que l’on peut et ce que l’on veut. – Vincent, dans une lettre à son frère Théo

 

wagons de chemins de fer       paysage montagnard derriere lhotel saint paul
VAN GOGH Vincent, Wagon de chemin de fer,                    VAN GOGH Vincent, Paysage montagnard derrière
Arles, 1888                                                                                     l’hôpital Saint-Paul, Saint Rémy en Provence, 1889