Oscar Muñoz n’a peur de rien

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Exposition Oscar Muñoz : Protographies au Jeu de Paume jusqu’au 21 septembre 2014

L’exposition qui se tient en ce moment au Jeu de Paume est différente de ce que l’on peut voir d’habitude dans ce musée, en l’occurrence de la photographie pure et dure comme vous avez pu le voir avec Robert ADAMS et Erwin BLUMENFELD. En effet, le commissaire d’exposition José Roca a judicieusement choisi le terme de protographie pour décrire et distinguer le travail de l’artiste Colombien Oscar Muñoz. Ce dernier danse avec grâce autour des multiples disciplines qu’il maitrise parfaitement telles que la photographie (tout de même), la gravure, le dessin, l’installation, la vidéo et la sculpture. Tous ces média sont destinés à une réflexion profonde sur la mémoire, l’image, et la capacité des images à retenir la mémoire. La plupart des œuvres, si elles ne sont pas photographique, sont protographiques, c’est à dire qu’elle appartiennent à un période antérieure (ou protomoment) à l’image fixe, immuable, définitive. Les œuvres de l’artiste ont toutes plus ou moins cette qualité évanescente qui participe à les rendre si intenses. Oscar Munoz fait les choses avec une ingéniosité hors du commun, une créativité à vous renverser derrière par terre et avec une humilité stupéfiante. C’est beau, sensé, profond… et c’est même spectaculaire par moment, notamment lorsque l’on se retrouve devant les fameuses impressions sur eau qui s’effondrent tout doucement au rythme des vibrations de l’eau ou du choc des gouttes qui les frappent régulièrement. Un travail émouvant de précision qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler les sublimes tableaux et sculptures de cendres de l’artiste chinois Zhang HUAN, exposé au Tri Postal dans l’exposition La Route de la Soie en 2011.

La scénographie quant à elle est loin d’être renversante, on sent que le musée n’a pas l’habitude de sortir du cadre de la photographie (qu’il maîtrise admirablement) et s’emmêle les pinceaux entre les installations dont la mise en scène générale manque de cohérence. Les cartels restent très bien rédigés et les œuvres ne pâtissent pas de la maladresse de leur agencement, l’honneur est donc sauf !

En somme, c’est un artiste de génie qui est exposé au Jeu de Paume jusqu’en septembre de cette année. Vous n’avez aucune excuse pour le manquer, d’autant plus que les foules ne s’y pressent pas autant qu’au Grand Palais et que l’expérience en est d’autant plus agréable ! L’entrée est à 5 euros pour tout le musée (tarif jeune), avec en ce moment également Kati HORNA qui est aussi une belle exposition qui vaut le détour.

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MUNOZ Oscar, Mujer en Ventana, série interiores, 1976 (fusain)      MUNOZ Oscar, Pixeles, 1999-2000

                                                                                                                             (morceaux de sucres trempés dans du

                                                                                                                              café (!), plexiglas)

En couverture, extrait d’une vidéo de Oscar MUNOZ intitulée Linea del destino, tournée en 2006.