Martial Raysse électrisant

Exposition Martial Raysse au Centre Pompidou jusqu’au 22 septembre 2014

Si l’envie vous prend de faire une exposition, que vous n’en faites pas souvent, que vous aimez un peu le sensationnel et que la Fondation EDF ne vous tente décidément pas (dommage), vous trouverez votre bonheur en ce moment au Centre Pompidou. Martial Raysse, 78 ans, nous régale avec une énorme collection qui s’étale des années soixante à 2014.

C’est un créatif hors norme et sans bornes que l’on découvre au fil du long parcours qui nous est proposé (comptez environ 1h15) par les commissaires d’exposition. Dans une première partie, le néon est roi et présent dans quasiment toutes les œuvres qui, déjà fascinantes par leur traitement coloré et spatial – elles ont une fâcheuse heureuse tendance à s’échapper de leur cadre, ne font que gagner en originalité. Qui eut crut que le néon fût aussi versatile ? Après avoir vu Yann KERSALÉ et Kendell GEERS, je pensais avoir tout vu, mais il faut remonter à la source pour vraiment apprécier le travail du néon. Martial Raysse l’utilise comme de la peinture pour rajouter des touches de lumière et donner vie à des levers de soleil, à des baisers et à des cimes enneigées. Dans une deuxième partie, à partir des années 80, le maître traite toujours la lumière avec autant exubérance mais d’une autre manière, qui n’est pas sans rappeler les tableaux de Tamara de LEMPICKA ou de Fernand LÉGER, qui œuvrent à peu près à la même époque. Le traitement des couleurs et des lumières et même des volumes relève bizarrement plus du trip LSD que les premières œuvres de Martial Raysse, qui rentre alors dans un délire colorimétrique aussi déroutant que fascinant. Quoiqu’il arrive, le peintre exerce tojours en pleine connaissance des ses maîtres ; il est très influencé par les grands de la Renaissance, leurs modèles, et les symboliques religieuses de l’époque (notamment la mouche qui fait souvent apparition dans les premiers tableaux). Le tout est traité avec énormément d’intelligence, de créativité et de minutie, ce que l’on peut admirer notamment dans les représentations de végétation qui sont à tomber à la renverse de précision et de beauté

L’exposition en elle-même est bien faite et n’empiète pas sur les œuvres exposées. Prenez garde à vous munir du livret à l’entrée car les grands textes qui présentent d’ordinaire les différents chapitres du parcours sont relégués au rang de cartels et faciles à louper. L’exposition est certes longue mais le travail immense de Martial Raysse n’en demandait pas moins, et l’hommage qui est rendu à la carrière de l’artiste est impressionnant et réussi. En somme, et une fois de plus, je vous conseille fortement d’y faire un tour, l’affluence y est raisonnable et l’abonnement à l’année (17 euros pour les étudiants, 22 pour les moins de 26 ans et un peu moins double pour le reste d’entre vous) vaut vraiment le coup.

peinture sous haute tension  Et voici à nouveau l'aurore

 RAYSSE Martial, Peinture            RAYSSE Martial, Et voici à nouveau l’aurore, 1965

sous haute tension, 1965