Hiroshi Sugimoto, renaissance de l’apocalypse

Hiroshi Sugimoto � Jean Picon SayWho (2)-thumb-500x334-53639

Exposition Hiroshi Sugimoto : “aujourd’hui le monde est mort” (lost human genetic archive) au Palais de Tokyo jusqu’au 7 septembre 2014

“Aujourd’hui, le monde est mort. Ou peut-être hier, je ne sais pas.” Cette phrase magnifique, issue du roman l’Étranger d’Albert Camus, est omniprésente dans l’installation de Hiroshi Sugimoto au Palais de Tokyo. L’artiste nous offre une vision caustique d’un monde post apocalyptique raconté par les survivants. Il s’agit en fait de 33 fin alternatives à la fin du monde imaginées par Sugimoto, rédigées à la main et disposées dans l’installation comme s’il s’agissait d’un ultime témoignage de l’humanité, ou de sa fin tout du moins. L’installation est constituée d’éléments récupérés à droite à gauche par l’artiste, en hommage à Marcel Duchamp, personnage emblématique du mouvement artistique ready made qui consiste à utiliser des éléments du quotidien pour les transformer en œuvre. On trouve entre autres des fossiles et divers objets appartenant à la collection personnelle de l’artiste, des photographies, des installations in situ à l’impact fort (littéralement, vous verrez sur place !), et un système de cloisonnement en tôle ondulée plus ou moins rouillée. Le tout s’inscrit parfaitement dans l’architecture si particulière du Palais de Tokyo. Un autre élément clé de l’expo est le rapport constant entre religion, art et science qui constituent les trois piliers de l’espèce humaine selon l’artiste et surtout les trois raisons principales de notre perte. Des références à ces trois éléments sont donc présentes en permanence tout au long de l’exposition. La fin du monde peut (ou a pu) être due à l’épuisement des réserves suite à une surconsommation énergétique, à un attrait trop fort pour la mort à cause de la technologie qui aurait rendu le suicide trop agréable, ou encore à un nombre trop important et toujours grandissant d’artistes, incapables de subvenir aux besoins premiers de l’humanité qui finit donc par s’éteindre. Les textes sont très bien écrits, ils font parfois sourire et toujours réfléchir.

Pas besoin de grand textes explicatifs pour faire comprendre l’exposition au spectateur qui est plongé immédiatement dans l’univers étrange orchestré par Sugimoto. Le soir, c’est encore mieux car histoire de faire son travail jusqu’au bout, l’artiste a pensé son exposition pour le musée qui ferme ses portes à minuit : au coucher du soleil, des lampes torches sont distribuées à l’entrée pour mieux apprécier cette ambiance étrange et parfois glaçante (de par la plausibilité des propositions, qui, même si elles peuvent sembler loufoques, restent le reflet de notre société). Hiroshi Sugimoto, que j’avais découvert et adoré dans l’exposition l’œil photographique au FRAC de Clermont-Ferrand l’année dernière, est décidément un artiste fantastique dont les œuvres poussent toujours autant à une réflexion intense et prolongée (comme cette image d’un film).

L’entrée de l’exposition est à 8 euros pour les étudiants (10 euros en tarif plein) mais sachez que l’abonnement à l’année n’est qu’à 15 euros, donc n’hésitez plus ! De plus, le musée organise des petits évènements tous les mercredi à 19H30 : pour deux euros de plus vous pouvez agrémentez votre visite d’une expérience sympathique ; j’ai personnellement fait une séance de shiatsu avec Catherine Noyelle en même temps que mon exposition, alors pourquoi pas ?

Pour conclure, une phrase d’un artiste contemporain qui a survécu à une des trente trois fins du monde proposée par l’artiste japonais : “Je meurs avec la fierté de savoir que c’est l’art qui a déclenché la disparition du monde. La civilisation humaine a commencé avec l’art, qu’elle s’achève avec l’art est donc parfaitement logique.”

 

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