HCB, la puissance du noir et blanc

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Exposition Henri Cartier-Bresson au Centre Pompidou jusqu’au 9 juin 2014

Dix ans après la mort de ce monument de la photographie française, le Centre Pompidou lui rend un bel hommage avec une rétrospective gracieuse et brillante. Abordée sous forme chronologique, elle retrace le parcours de l’homme qui a fait de son art son travail et de son travail un art. La première partie de l’expo est consacrée à l’influence incontestable du surréalisme sur les débuts de l’artiste. Petit bonus, un retour bienvenu sur les fondamentaux de ce mouvement au travers de petits cartels explicatifs qui ponctuent les différentes séries proposées. Les titres des séries correspondent à plusieurs principes surréalistes : la beauté convulsive, l’explosante fixe, la magique circonstancielle…

Sa carrière dans le photo reportage, qui occupe en majorité la deuxième partie la collection, est d’une justesse tantôt terrible tantôt amusante, immanquablement criante de vérité. Le photo reportage a mis du temps avant d’être considéré comme un art, et l’on peut remercier Monsieur Cartier-Bresson d’avoir contribué largement à sa mise en avant. La série sur le couronnement de Georges VI est pour moi la plus géniale et la plus représentative de l’engagement de HCB auprès de son travail, même si d’autres ont plus intenses en émotion, comme celle où une ancienne détenue de camp de concentration reconnait la femme qui l’a dénoncée. Série d’autant plus intense que, tout comme Erwin Blumenfeld, le photographe a passé quelques années dans un camp de concentration duquel il a réussi à s’échapper pour continuer, imperturbable, son travail d’artiste engagé. Une pause numérique donne à moment donné la possibilité d’avoir un aperçu du travail de Cartier-Bresson en couleur, travail que ce dernier considérait comme “coloriage” et alternative inutile à la peinture, la photographie en noir et blanc seule constituant un art à part entière. Cette parenthèse nous permet toutefois de voir que le talent du photographe s’étend même au domaine qu’il rejette.

En somme, c’est une très belle exposition – une des meilleures jusqu’ici, que le Centre Pompidou nous offre jusqu’au 9 juin. Accourez mes jeunes amis, pour apprécier le message de Monsieur Cartier-Bresson, présenté intelligemment sur des murs gris perle qui en font ressortir la puissance.

Henri Cartier Bresson Couronnement de George VI, Londres, Angleterre, 12 mai 1937

CARTIER-BRESSON Henri, Couronnement de Georges VI, 1937

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CARTIER-BRESSON Henri, rue de Vaugirard mai 1968, 1968