Delaunay au féminin

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Exposition Sonia Delaunay au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris jusqu’au 22 février 2015

 

Sonia ou Robert ? Robert ou Sonia ? Quelqu’un de haut placé en a eu apparemment assez que l’on confonde les Delaunay, qui ont aujourd’hui chacun leur exposition au MAM pour Sonia et au Centre Pompidou pour Robert. En effet, Sonia Delaunay née Terk se voit consacrer une belle et longue exposition au MAM, à la hauteur de la productivité de cette infatigable peintre et créatrice de textiles et de vêtements incroyables (je reste un peu plus nuancée face aux affiches). Après de très beaux portraits réalisés à ses débuts, on découvre une patte affirmée après son arrivée à Paris et sa découverte du Fauvisme. Ses portraits aux contrastes de couleurs chaudes et de couleurs froides laissent songeurs et sont annonciateurs de l’immense maîtrise dont elle fera preuve par la suite. Et justement, la suite arrive avec Robert, et les expérimentations que font les deux collègues puis tourtereaux qui mèneront à la proclamation d’une nouvelle forme d’art : le simultanisme, fondé sur le pouvoir constructif et dynamique de la couleur. Après ça se succèdent ces tableaux que l’on connaît si bien, et enfin, ce qui fait la différence entre Sonia et son mari : l’expérimentation sur les textiles, les objets, les affiches. Des expérimentations à n’en plus finir. Sonia coud comme elle peint, et peindra comme elle a cousu à la fin de sa carrière et de sa vie. Les imprimés sur textiles sont variés et magnifiques, et les vêtements à tomber par terre continuent à inspirer les créateurs d’aujourd’hui. Un film à mi parcours nous plonge dans les années 20 et montre les femmes que Sonia a habillé avec amour. Elle le dit elle-même : “Je voulais, en m’amusant, montrer la richesse multiple des lignes de la femmes et des mouvements du corps“. L’exposition continue avec une série admirablement interminable de tableaux abstraits où le noir s’invite suite à la mort de Robert Delaunay en 1941. Deux ans avant sa mort en 1979, l’artiste est toujours hyper active et hyper talentueuse, nous laissant plein d’admiration et d’envie d’en faire ne serait-ce qu’une fraction. La scénographie n’a rien d’extraordinaire mais les oeuvres parlent pour elles même et ne requièrent pas plus de fantaisie de la part des commissaires.

J’avoue être entrée dans cette exposition assez sceptique pour en sortir ravie et prête à faire un tour à Pompidou pour voir ce qu’il s’est passé du côté du mari. Suite au prochain épisode (mais pas tout de suite, j’ai d’autres jolies choses à vous raconter) !

 

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DELAUNAY Sonia, jeune fille endormie, 1907                                DELAUNAY Sonia, textile et manteau

 

Oh et j’oubliais, j’ai eu l’occasion de faire un petit détour par les salles investies par l’artiste contemporain David Altmejd, dont une fervente employée de la billetterie m’avait présenté le travail comme du jamais vu et surtout comme celui d’un véritable horloger. Imaginez ma déception lorsque je me retrouve face à une espèce de stéréotype contemporain mêlant égo, gore, et gratuité. La minutie est là certes, mais c’est tout. De plus le MAM semble prendre un malin plaisir à faire des expositions “débrouille toi” lorsqu’il s’agit d’art contemporain (cf Roman Ondák en 2012). Pardonnez-moi ce côté conservateur, mais moi, j’aime bien connaître le contexte d’une oeuvre, si ce n’est son sens. Ne serait-ce que pour pour comprendre pourquoi mon impression générale se cantonne à des remontées acides. Un chouilla de contexte serait bien. Une larme. Et le pauvre leaflet qui raconte sa vie d’homme torturé ne compte pas.

Bon d’accord, il en faut pour tous les goûts. Je serai ravie d’en discuter avec ceux qui ont ressenti autre chose que de la perplexité.

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ALTMEJD David, Untitled (ah bon ?), 2005.