De l’or pour Gustave, du bronze pour Orsay

neophyte

Exposition Gustave Doré, l’imaginaire au pouvoir au Musée d’Orsay jusqu’au 11 mai 2014

Dessinateur, caricaturiste, illustrateur, aquarelliste, peintre, sculpteur, ce sont toutes les facettes du virtuose Gustave Doré qui sont exposées en même temps que Van Gogh/Artaud au Musée d’Orsay. À l’inverse de son contemporain Van Gogh, Doré a connu un réel succès très tôt dans sa carrière, qu’il a débutée à 15 ans dans le Journal du Rire. C’est à 22 ans qu’il se fait connaître grâce à ses merveilleuses illustrations pour une réédition des ouvrages de Rabelais qui le propulse sur la scène internationale (et là, on évite de comparer sa vie à celle de Gustave). Le mot polyvalent paraît bien faible pour décrire cet artiste, qui semble exceller dans tous les domaines. Touche-à-tout, il passe de la peinture en noir et blanc à l’eau-forte (une technique de gravure sur métal à l’acide, utilisée notamment par Rembrandt) tout en s’adonnant à la sculpture et à l’aquarelle. Ses paysages, qui concluent l’exposition, sont comparés à juste titre à ceux de Caspar David Friedrich par la sacralisation de la nature et la futilité de la vie humaine face à la main de Dieu. Paysages, portraits, scènes bibliques, mythologiques, rien ne semble arrêter l’artiste, ce qui agace la critique : “Nous constaterons avec tristesse que, mauvais dessinateur et mauvais peintre, Monsieur Gustave Doré vient d’ajouter à sa réputation celle de mauvais sculpteur. Quel bénéfice en tirera-t-il ?” (Jules Castagnay en 1877). Blessé, Monsieur Doré ne se décourage pas pour autant et continue à exercer ses multiples passions jusqu’à sa mort en 1883. Parti trop tôt (à 51 ans), il nous laisse tout de même une collection considérable de plus de 10000 œuvres tous domaines confondus qui nous font rire, rêver et  frissonner de peur comme de plaisir.

Si l’exposition nous permet de découvrir Gustave Doré au delà de ses fameuses illustrations, on regrettera que ses dernières tombent presque dans l’oubli avec une affiche si prometteuse… La collection initiale est telle que celle présentée est loin de lui rendre justice – à force de vouloir tout montrer, on ne montre rien du tout. L’essentiel est là me direz-vous, mais on reste tout de même sur sa faim. De plus, la scénographie est plus que pauvre, et la mise en lumière peu avantageuse. Les finitions sont quasi inexistantes et le tout semble bâclé. Je ne m’arrêterai pas sur les fautes dans les textes explicatifs mais plutôt sur un espace presque désagréable à parcourir et surtout tout à fait insipide. Quel dommage ! Le contenu n’en reste pas moins intéressant et vaut le détour, alors n’hésitez pas.

paysage montagneux     don quichotte

DORÉ Gustave, Lac en Écosse après l’orage, 1875-1878.                                 DORÉ Gustave, La Folie de Don

                                                                                                                                       Quichotte, 1863

En couverture, une sublime eau-forte de Gustave Doré intitulée Le Néophyte et réalisée en 1875, considérée comme un exploit par la critique et l’artiste lui même du fait de la grandeur du format. Pour voir comment on réalise une gravure à l’eau-forte, c’est par ici !